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Andrée OGER, conseillère départementale communiste de l'Eure Andrée OGER est maire honoraire de Croth, conseillère départementale de Saint André de l'Eure et chevalier de la Légion d'Honneur.

Lubrizol : l'exemple du désastre des économies budgétaires sur l'écologie et la protection des populations

Solidaire

Près de deux semaines après la catastrophe industrielle de Lubrizol, les Français ne peuvent être qu'effarés face aux atermoiements du gouvernement et de la Préfecture depuis lors : manque de réactivité pour avertir les populations, volonté de minimiser les conséquences sanitaires et environnementales de l'incendie, incapacité à fournir la liste des produits présents sur le site,... des défaillances graves, au mieux par incompétence, au pire, par volonté de cacher la vérité !

En effet, le classement Sévéso + de l'entreprise Lubrizol entraîne des contraintes réglementaires fortes en termes de stockage, de sécurité (intrusion, incendie, inondation), et de contrôles par les services de l'Etat. C'est sur ce dernier point que reposent toutes les questions : comment est-il possible, comme l'affirment préfecture et gouvernement, que leurs services n'aient pas la liste des produits stockés et de leurs volumes, ce qui est la base des déclarations de stockage de produits dangereux ? Comment est-ce possible que, connaissant le caractère dangereux du site, il n'y ait eu qu'un minimum de mesures de confinement dans le voisinage et des déclarations si optimistes quant à l'absence de nocivité des fumées et des suies provoquées par l'incendie alors que la préfecture disait ne pas connaître les produits entreposés ? Comment est-il possible, au regard de l'ampleur de l'incendie, de déclarer que les mesures faites aujourd'hui ne montrent aucun dépassement des seuils d'alerte, voire même des seuils "comparables aux valeurs habituelles dans l'agglomération rouennaise" ?...

Il n'est pas besoin de sortir de Saint Cyr ou de Polytechnique pour affirmer qu'un site industriel classé Sévéso + qui part en fumée avec plus de 7 000 tonnes de produits chimiques va entraîner une pollution de l'air et des eaux importante ! Cela, en sachant que certains produits sont déclarés mortels par inhalation !

Et on n'oublie pas l'amiante des bâtiments, mais aussi toutes les matières plastiques (isolants, câbles électriques, cloisons et faux plafonds, etc...) qui ont flambé avec l'incendie et généré une autre source de pollution !

Le fonds du dossier, c'est surtout que l'Etat et ses services couvrent des erreurs et des carences provoquées par le manque de moyens humains et des réglementations favorables aux industries !

Côté moyens humains, plus de contrôleurs sur le terrain aurait par exemple permit de constater les carences de sécurité sur le site ou le stockage dans les locaux d'une entreprise voisine de produits appartenant à Lubrizol.

Si l'Etat n'était pas aussi complice des industriels, peut-être que le Préfet n'aurait pas accordé à cette entreprise une dérogation pour un stockage plus important de produits en mars dernier sans étude environnementale préalable ?

Et que dire des suppressions de postes annoncées au Ministère de l'environnement en complète opposition aux engagements médiatiques de Macron et de son gouvernement en faveur de l'environnement ! De la même façon, le gouvernement est en train d'affaiblir la loi littorale qui protège nos côtes, de réduire le cadre des projets industriels soumis à évaluation environnementale et de "simplifier" les normes de construction, autant d'atteintes à l'environnement et à la sécurité des citoyens face aux risques et face à la dégradation de notre environnement.

Lubrizol illustre malheureusement parfaitement cette collusion entre politiques et industriels qui transforme l'Etat, ses lois et ses services en caution protectrice de projets conçus à l'économie. Encore une fois, sous prétexte d'emplois et d'efficacité économique, c'est la sécurité des salariés, celle des riverains et l'avenir de notre planète et de nos enfants qui est sacrifiée. Mais, au final, c'est surtout le portefeuille des actionnaires qui est protégé !

Pourtant, les moyens financiers pour renforcer contrôles et réglementations existent : le prélèvement à la source a amené 2 milliards d'euros supplémentaires d'impôts sur le revenu dans les caisses de l'Etat ! Et il suffirait de revoir la politique fiscale en faveur des entreprises pour réorienter la politique sanitaire et environnementale de celles-ci ! Sans parler de la chasse à l'évasion fiscale et à la fraude fiscale qui coûtent des dizaines de milliards d'euros à notre pays !.... Mais, pour cela, encore faudrait-il arrêter de supprimer des milliers de postes au Ministère des finances !

Créer de l'emploi industriel sans mettre en danger l'environnement, c'est possible !

En imposant des règles de production strictes aux produits commercialisés en France et en Europe et en taxant les produits selon leur degré d'émission de carbone lors du transport, il serait possible de favoriser une relocalisation de la production industrielle, une production plus vertueuse et propre que les milliards d'euros d'importations actuelles ! Et si les entreprises privées refusent de le faire, à l'Etat de prendre ses responsabilités ! La gestion publique de nos industrie a permis de créer les fleurons que sont Renault, Alstom, EDF, Engie et de nombreuses autres entreprises aujourd'hui privatisées.

Encore une fois, c'est bien d'un changement de ligne politique et du renforcement de l'intérêt collectif contre l'intérêt privé dont il s'agit. Des évolutions incompatibles avec la dérive libérale de nos sociétés portées par les partis traditionnels, du PS aux Républicains en passant par LREM et le Modem, mais compatibles avec un projet de société socialiste.

Solidaire

 

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