Bahreïn : l'autre dictature qui tue son peuple... sans réaction occidentale
Pendant que nos gouvernements s'offusquent de la répression en Libye, la monarchie de Bahreïn réprime tout aussi violemment les manifestations pacifiques de son peuple. En toute tranquillité.
Bahreïn, c'est un petit bout de territoire de la péninsule arabique, un archipel donnant sur le Golfe persique, en face de l'Iran. Bahreïn compte 1,2 millions d'habitants sur 707 km2.
Bahreïn, c'est surtout une pétromonarchie comme l'Arabie Saoudite ou les Emirats Arabes Unis, un de ces royaumes où la démocratie n'existe pas, tout comme les droits de la femme et ceux des immigrés (50 % des habitants). Un pays où il ne fait pas bon être chiite, bien que ces derniers représentent 70 % des habitants.
Mais Bahreïn, comme les autres pétromonarchies, est un allié des occidentaux face aux méchants iraniens. Donc, on lui pardonne tout.
D'ailleurs, Bahreïn a tellement de chance, qu'aucun média français et aucun grand philosophe défenseur des droits de l'homme, genre BHL ou Glucksman, ne s'élève contre la violente répression qui s'abat sur le peuple bahreini depuis des mois !
Comme dans tout le monde arabe, le pays connait depuis février un mouvement pacifique de révolte de sa jeunesse avec occupation d'une des places de la capitale Manama, la place Perle.
Les violences policières n'ont fait que grandir ces dernières semaines mais la réaction populaire a été encore plus forte. Du coup, la loi martiale a été décrétée la semaine dernière ainsi qu'un couvre-feu nocturne. Les policiers anti-émeute ont violemment chassés les occupants de la place Perle mais les manifestants sont rapidement revenus.
Loin de céder, la monarchie bahreini a fait appel à ses voisins, Arabie Saoudite et Emirats Arabes Unis. Mercredi 16 mars, ce sont 1 500 soldats étrangers qui ont épaulé les forces locales pour réprimer le mouvement populaire bahreini à coup de munitions de combat et avec le soutien de tanks et de véhicules blindés. 6 manifestants sont morts pendant l'assaut et les médecins ont dénombré plusieurs centaines de blessés. Des hôpitaux ont été attaqués et 100 médecins arrêtés. Deux morts supplémentaires ont été comptabilisés depuis tandis que le nombre de disparus ne cesse de croître.
Malgré tout, les manifestations continuent, dans des quartiers périphériques de la capitale ou dans d'autres villes du pays.
Cette semaine, des grèves spontanées se sont déclenchées dans les principales entreprises et sociétés de BahreIn. Près de 70 % des salariés seraient en grève et beaucoup d'entre eux participent désormais aux manifestations.
Face à la radicalisation du pouvoir, le mouvement aussi se radicalise. Au début des manifestations, le mois dernier, les manifestants demandaient la réforme du système politique. Avec le temps et l'arrivée de plus en plus de travailleurs, l’humeur de la rue est devenue plus combative. Les slogans qui demandent l’abolition de la monarchie et une répartition plus équitable de la richesse pétrolière du pays sont désormais plus nombreux.
Face à la répression conjointe avec des pétromonarchies voisines, la contestation s'étend justement aux états voisins comme en Arabie Saoudite où 700 personnes se sont réunies dans la ville de Mashhad, samedi, malgré l’interdiction absolue de manifester. D'autres manifestations ont touché le Koweit et l'Iraq.
C'est la crainte d'une contagion qui effraie à la fois les monarchies absolues de ces pays et les occidentaux, états-uniens en tête. Rendez-vous compte : des peuples arabes écrasés par des régimes dictatoriaux se partageant l'ensemble de la manne pétrolière avec des compagnies pétrolières étrangères, qui désirent s'émanciper et bénéficier des richesses de leur sous-sol ! Inadmissible !
On comprend mieux pourquoi les occidentaux ne bronchent pas (ou si peu) face à la répression meurtrière en cours à Bahreïn ! On comprend mieux aussi pourquoi les médias français ne traitent absolument pas des manifestations dans ce pays, tout comme ils oublient de parler des manifestations en Iraq ou au Maroc.
Kadhafi, lui, ne mérite pas ce traitement. Même s'il avait montré patte blanche aux européens ces dernières années, son régime était trop peu arrangeant avec les entreprises occidentales sur les questions pétrolières. La révolte libyenne sera l'occasion de mettre en place un pouvoir plus accomodant, même s'il comprend des tortionnaires de l'ancien régime.
La démocratie et les droits de l'homme ne servent que d'excuses. On le voit avec Bahreïn.
On le voit aussi chaque jour en Iraq après les révélations d'Abou Ghraïb, les tortures et assassinats de prisonniers. On le voit aussi désormais en Afghanistan où des soldats américains sont accusés d'assassinats de civils et de détention d'images de leurs victimes. Sauf que les français sont impliqués dans le conflit afghan. Au côté des américains.
Peu importe ce qu'il adviendra des bahreinis et des libyens, une fois l'orage passé, tant que le pétrole est sauf ! Là encore, l'exemple iraquien parle de lui-même.