Flotille pour Gaza : le pouvoir grec, marionnette des marchés et de l'étranger
Après l'acceptation d'un nouveau plan drastique de rigueur, à la demande de l'Europe et du FMI, le gouvernement grec se fait le relai des exigences israéliennes et étatsuniennes contre la flotille internationale qui souhaite aller à Gaza.
Le pouvoir en Grèce est-il encore au main des grecs ?
On peut se poser la question au regard des événements qui se succèdent dans ce pays depuis quelques mois.
Sur le plan économique, le premier ministre "socialiste" Papandréou et le Parlement ont perdu toute initiative en politique intérieure. Sous pression des banques et des financiers, publics ou privés, le gouvernement grec ne fait qu'appliquer des plans de rigueur toujours plus durs décidés à l'étranger, à Bruxelles ou au FMI.
Malgré une opposition populaire de plus en plus importante, le pouvoir n'envisage aucun assouplissement de son plan de rigueur, encore moins un changement de cap. La seule réponse qu'il apporte au mécontentement grandissant du peuple grec, c'est une riposte autoritaire elle aussi grandissante. La semaine dernière, policiers et militaires ont violemment répliqué aux manifestations massives organisées par les syndicats et les indignés grecs. Matraques et gaz lacrymogènes ont généreusement été distribués, jusque dans les petites rues du vieil Athènes pour briser les manifestations et punir les présents.
C'est la limite des démocraties occidentales : tant que ce sont les plans décidés par les marchés financiers et la bourgeoisie qui sont appliqués, le droit d'opposition est reconnu ; lorsque la pression populaire devient importante, les opposants deviennent des voyous, des casseurs ou des inconscients manipulés qu'il faut canaliser ou briser.
Pourquoi regarder le Bélarus pour s'offusquer de l'arrestation d'opposants et de l'interdiction de manifester quand la même chose se déroule au sein de l'Union européenne ?
On se souvient en France de mai 68 et du voyage de De Gaulle en Allemagne, de l'envoi des troupes françaises qui y étaient stationnées qu'il avait envisagé... On se rappelle aussi de l'armée britannique envoyée contre les mineurs gallois sous Thatcher pour briser leur grève.
Cette stratégie d'envoi des forces de l'ordre (ordre bourgeois, cqfd !) lors d'un conflit social est une constante dans tout pays capitaliste, en France également, pour rétablir une "paix sociale" qui ne bénéficie qu'au gouvernement et aux patrons.
Sur le plan international, la Grèce est aussi sous gouvernorat international.
La gestion des événements autour de la Flotille internationale de la Paix pour Gaza en est une illustration scandaleuse.
Cette flotille est une répétition de la Flotille pour la paix qui avait été envoyée à Gaza en 2009 et que l'armée israélienne avait militairement attaquée, causant la port de 9 civils pacifiques et la condamnation unanime de la communauté internationale. Condamnation sans suite, d'ailleurs.
Cette année, c'est encore une flotille internationale qui s'est organisée, rassemblant des bateaux et des citoyens de toutes origines, grecs, irlandais, italiens, allemands, turcs, américains, français,... parmi eux, des prix Nobel, des artistes, des élus nationaux et des parlementaires européens, etc.
Son objectif : atteindre Gaza pour briser le blocus illégal de la prison à ciel ouvert qu'est devenu ce petit territoire où vivent 1,5 millions de civils palestiniens.
Deux bateaux français sont présents, avec des parlementaires européens et nationaux, tel le député communiste de Seine-Maritime, Jean-Paul LECOQ, ou des personnalités comme Olivier BESANCENOT. Il s'agit du "Louise Michel" et du "Dignité - Al Karama".
Sous la pression publique d'Israël et des Etats-Unis, le gouvernement grec use de toutes les méthodes possibles et imaginables pour empêcher les bateaux de la flotille de quitter la Grèce : tracasseries administratives, usage de la force (garde-côtes),... Sans parler des sabotages ! Le tout en toute illégalité au regard des lois internationales sur la circulation maritime.
Encore une fois, les droits et règles sont piétinées par les Etats lorsque les intérêts supérieurs de quelques uns sont en jeu.
Curieusement, on n'entend pas nos médias et nos responsables politiques français s'exprimer sur ce sujet ?
Les menaces de mort proférées par les autorités israéliennes à propos des civils présents sur ces bateaux au cas où la flotille arriverait à Gaza, ne semblent pas susciter de réactions ni des uns ni des autres !? Le blocus qui pèse depuis des années sur des civils innocents et les tueries perpétrées par Israël ces dernières années ne mobilisent pas autant nos grands défenseurs de la liberté et nos grands journalistes que la Libye (où les civils meurent sous les bombardements français et de l'OTAN) ou Cuba (où personne ne meure !).
Le gouvernement grec se trouve là aussi sous les critiques de la société civile grecque. En fait, ce sont clairement des menaces de rétorsion économique qui le font obéir aveuglément aux injonctions étrangères. En cette période difficile pour la Grèce, on comprend bien le poids des menaces !
La Grèce est l'illustration d'un pays où les marchés ont pris le pouvoir et gouvernent désormais par le biais des institutions internationales qui les servent : Banque Centrale Européenne, FMI, Union européenne.
La lutte du peuple grec n'est pas qu'une lutte pour sa survie, dans le cadre d'une austérité morbide, mais c'est aussi une lutte pour une autre conception de la démocratie, une démocratie où c'est le peuple qui décide et non une minorité de financiers.
Les réfomes antisociales et antidémocratiques successives menées tantôt par la droite, tantôt par le PS, montrent qu'en France la situation n'est guère différente. Il ne nous manque que l'étincelle qui provoquera une prise de conscience collective de notre situation.
Communiqué du comité "un bateau français pour Gaza" :